Petit atlas du running 2017 en France métropolitaine

La course à pied en France

Il est difficile de connaître le nombre de courses pied organisées qui se déroulent autour du monde. Il est alors impossible de connaître le pourcentage d’exhaustivité de cette base de données constituées.
Cependant, selon une étude de 2014 publiée par Kantar Media et Uniteam Sport, en 2013 ont été organisées 5 971 événements de courses à pied en France. Le journal le parisien estime entre « 5 000 à 6 000 épreuves annuelles françaises ». Dans la base de données créée par le Running DataLab, la France comptabilise en 2017 6314 événements de courses à pied.
Les travaux cartographiques présentés sont fidèles aux réalités territoriales.

Les événements de courses à pied en quelques chiffres…

6 342 événements de courses à pied regroupant 15 547 courses à pied

Sur les 6 342 événements, nous connaissons le nombre de finishers pour 4 591 d’entre eux. Ce qui représent quasiment les trois-quarts des événements. Le nombre de finishers s’élève à 2 505 588 personnes. Sachant que tous les événements ne sont pas compatibilités et que seuls les finishers sont pris en compte (non tous les coureurs), cela signifie que l’on est dans une fourchette basse.

Répartition des événements de courses à pied

 

 

Objectifs et missions

Histoire du projet

Les événements de courses à pied se multiplient pour répondre à une demande croissante ainsi que les espaces et modalités utilisés. Les supports territoriaux sont nombreux (montagne, urbain, bâtiments, « extrêmes », etc.). Les courses se diversifient pour répondre à tout public (enfants, courses féminines, etc.). Les types de courses se densifient pour proposer des activités sportives de distraction ou de performance physique : les « muds days » se déroulant dans la boue avec des obstacles, les courses de « color-runs » ponctuées de jets de pigments, les courses au fil des vignobles et des dégustations, les courses extrêmes dans le désert ou le pôle Nord, etc.

Constatant cet enthousiasme grandissant pour la course à pied, Mathilde Plard, chercheuse CNRS, lance le programme de recherche CHALLENGE.
Celui-ci prend forme avec deux principales interrogations :
— Pourquoi un tel engouement pour la course à pied ?
— Quels en sont les impacts territoriaux et sociaux des événements de courses à pied ?

Naissance du Running DataLab

Le projet de recherche Running DataLab répond aux enjeux des données du programme de recherche — CHALLENGE, l’appel du grand air.

Objectif #1
Documenter les évènements running

Pour répondre aux questions émergentes du programme de recherche CHALLENGE, le Running DataLab est créé.
Cette structure vise le recueil, la captation, la structuration et la valorisation graphique des données du running et des événements associés. Il s’agit de créer et d’enrichir au fil des projets, une base de données (spatiale, quantitative et qualitative) sur les événements de courses à pied.

Le Running DataLab est une véritable clinique des données du running. Clinique dans le sens d’un centre d’observation

| Clinique (adj.) — Qui observe directement les manifestations de la maladie.

Sans entrer dans des considérations propres à la médecine clinique, le Running DataLab est donc le lieu d’observation des pratiques associées aux activités de courses à pied. Les événements sportifs comptent parmi les manifestations observables du « phénomène » actuel. Clinique également dans le sens d’un espace de consultation, où les données sont rendues visibles pour tous.

> Dimension multiscalaire  :
— International : le réseau de courses à pied, une vision du monde réticulaire
— Local : outil de marketing (fonction économique de l’événement), création de lien social (capital social ?) et de patrimonialisation/valorisation du patrimoine (fonction identitaire ?)
— Individuel : « dire je » et se construire à travers la pratique sportive : se chercher, se dépasser, se montrer

Objectif #2
Explorer les problématiques techniques et géographiques liées à l’étude d’espaces publics numériques

Le DataLab s’inscrit dans le courant des humanités numériques — définies par Marin Dacos et Pierre Mounier (2014) comme désignant « un dialogue interdisciplinaire sur la dimension numérique des recherches en sciences humaines et sociales, au niveau des outils, des méthodes, des objets d’études et des modes de communication ». Il s’agit de fournir « des nouveaux moyens d’accéder [aux] observables » (J. LONGHI, 2017) pour les chercheurs des Sciences Humaines et Sociales (SHS).

Dans le contexte du Running DataLab, le dialogue s’ouvre entre la course à pied et le Big Data. Le Big Data est la masse d’informations créées « avec le développement des nouvelles technologies, d’internet et des réseaux sociaux ces vingt dernières années, la production de données numériques a été de plus en plus nombreuse : textes, photos, vidéos, etc. ». (Site du Conseil National de l’Informatique et des Libertés, https://www.cnil.fr/fr [site consulté le 08/01/2018]). Aujourd’hui, cette source représente un « gigantesque volume de données numériques produites » (Ibid.).

Précisément, le Running DataLab explore le web et les données qui y sont créées sur le running. Depuis les années 2000, le web a profondément évolué. Alors que le web 1.0 était un web de consultation pour les navigateurs, le web 2.0 développé au début du XIXe siècle est une « deuxième phase [qui] se caractérise par l’émergence des outils et réseaux de communications paritaires (…) la lecture dominante ne se fait plus en termes d’outils logiciels, mais d’espaces de communication (Facebook, Wikipédia, Twitter, etc.) » (J-F Bourdet, 2014). Le passage du web 1.0 au web 2.0 démocratise l’outil, créer des espaces de dialogues et d’interactions sociales : « l’utilisateur n’est plus un gestionnaire d’informations, mais un agent social embarqué dans la construction et la régulation d’une sociabilité numérique (Ibid.). Force de sociabilité numérique, internet s’est structuré jusqu’à créer différents espaces numériques, dont des espaces publics numériques. Pour Dacheux et Rouquette (2012), “sur internet, l’espace public se déploie sous diverses formes” : sous forme de discussion ou de diffusion publique.

Le Running DataLab va alors explorer ces espaces publics numériques dans le cadre des courses à pied, jusqu’à interroger la géographicité de ces espaces : quelles sont leurs structurations spatiales ? Quelles résonances territoriales et sociales ont-ils ?

> Dimension multispatiale :
— L’espace virtuel
— L’espace géographique
— L’espace social

Missions

M.1_Observations

La première mission du Running DataLab est de créer un observatoire des données liées aux événements des courses à pied à travers le monde. Cette démarche vise la création d’un corpus de données sur les pratiques de courses à pied, les événements sportifs, et les communautés. Les jeux de données sont structurés pour observer, évaluer et analyser ces pratiques.

M.2_Expertises

Le Running DataLab a également pour mission de mettre au point des méthodologies innovantes de récoltes et d’analyses de données. Aussi, des phases de tests explorent des aspects techniques d’accès et de recueil des données.

Ces tests doivent permettre de  :
— réaliser des méthodologies qui soient opérationnelles et interopérables sur d’autres projets de sciences humaines et sociales;
— trouver des moyens de représentations graphiques qui permettent une lecture simple de jeu de données complexes et riches, telles celles du big data;
— penser un indicateur pour qualifier l’impact d’évènements de course à pied à travers l’étude de réseaux sociaux.

M.3_Diffusions

Le Running DataLab est une plateforme de libre accès aux données. La mission de diffusion des données est centrale dans la démarche. Il s’agit de rendre accessibles au plus grand nombre les informations produites afin d’impulser une dynamique de co-création des connaissances en sollicitant directement les communautés de coureurs et de coureuses — notamment à travers des questionnaires dans la rubrique En-Quête du site.

La diffusion des données et de leur résultat passe par une mise en valeur esthétique.

 

Auteur.e.s : M. Plard & V. Guichet, 2018

 

Chemins de recherche

Axes de recherche

# 1 Documenter le running

Avoir une meilleure compréhension de l’offre existante — réalisation de cartographies à l’échelle internationale ;

#2 Explorations géographiques

À travers le running, l’objectif est d’explorer le big data comme matériau de recherche géographique. Il s’agit de découvrir cet espace public numérique ;

#3 Explorations techniques

Le RunningDataLab (RDL) est un lieu de tests et d’explorations techniques pour gérer et valoriser toutes ces données émergentes du web. Le RDL s’inscrit la lignée des humanités numériques ;

# 4 Open sciences

L’objectif du RDL est de mettre les données produites à dispositions pour que chercheurs et société civile puissent s’en emparer et contribuer au programme. La diffusion des données et de leur résultat passe par une mise en valeur esthétique et sémantique (datamining, datavisualisation).

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Penser un objet de pop culture
— Géographies et horizons de la course à pied.

La révolution culturelle des années 1960-70 a bouleversé le rapport à la course. Il s’agissait jusque-là d’activités pratiquées par les athlètes dans le cadre de clubs et d’université. Pour certains, courir en public était considéré comme une perte d’énergie. Dans le même temps, une révolution des loisirs opérait — recreational revolution (Scheerder, Breedveld et Borgers, 2015), popularisant de fait la pratique sportive (Stokvis, 2005). Si le secteur du running a réellement connu un premier boom populaire dans les années 80, son développement est depuis les années 2000 fulgurant en Europe et en Amérique du Nord. Depuis 2008, l’Asie voit également les activités de course se développer très rapidement si l’on s’en tient à l’augmentation du nombre de “finisher “ de marathon (Melorose, Perroy et Careas, 2015b, p. 12). Le running est devenu une activité récréative à part entière, activité de masse d’après certains auteurs (Stokvis, 2005) — objet de pop culture à définir donc. L’une des devises de l’enseigne Nike résume cette démocratisation du running : « If You Have a Body, You’re an Athlete » ! Le running devient même figure de style, et figure type de la culture fitness made in USA représentant le succès en terme physique (Scheerder et al., 2015).

D’après le magazine Jogging International, 5500 courses ont lieu chaque année en France, soit une moyenne de 100 courses par semaine ! Qu’il s’agisse de courses urbaines, ludiques, fun, nature, hors route, de marathon, d’Ultra Trails, de swimrun ou encore de community run, pour n’en citer que quelques-uns, les participant(e)s sont de plus en plus nombreux sur les lignes de départ.

Plus de 13 millions de Français courent ! soit 1 français de plus de 18 ans sur 4 d’après la dernière étude intitulée « carte d’identité des pratiquantes (e) s » (janvier 2017) réalisée par la commission running-trail de l’Union Sport & Cycle. Cette récente étude indique par ailleurs que sur les 12 derniers mois, ils sont précisément 3,9 millions à se déclarer “coureurs occasionnels “ (>51 séances), 5 millions comme “coureurs réguliers “ (>155 séances) et 2,4 millions en coureurs “acharnés “ (<156 séances). En parallèle, l’étude confirme la féminisation de la pratique. En effet, 49% des coureurs sont des coureuses — 6,8 millions de pratiquantes au 1er janvier 2017. Les seniors représentent également une part croissante des pratiquants. À l’heure des Marches des femmes organisées partout dans le monde, CHALLENGE offre l’occasion d’aborder la question de genre à travers ce que Pierre Morath, réalisateur du documentaire « Free To Run », souligne comme un processus d’émancipation des femmes par la course à pied. Signe d’appropriation de la pratique par les femmes, il existe aujourd’hui des courses 100% féminines (cf.la Parisienne depuis 1997 et ses 39 000 participantes). La question de la pratique des plus de 60 ans sera également documentée. Souvent associé aux discours sur le « bien vieillir », la pratique d’une activité́ (Age on the move) est encouragée dans le but de maintenir un « vieillissement actif », « réussi » et en « santé ». « Pour rester jeune, courez ! » — injonction sociale ou politique de santé publique ? Les études sont effectivement nombreuses à souligner les bienfaits de pratiques sportives, telles que la course à pied, sur le bien-être et la santé des seniors.

Bref, le sujet est immense et les façons de le saisir multiples.
Pour ligne de départ, le constat d’une multiplication croissante des événements de course à pied donc. Le programme Running DataLab est né de l’envie de documenter l’actuel engouement pour ces événements sportifs en lien avec la course à pied.

Auteur.e.s : M. Plard & V. Guichet, 2018